L'électrification prend du retard, mais elle est irréversible
Volvo CE ne se laisse pas déstabiliser
Eskilstuna se trouve à environ 100 km de Stockholm, la capitale, et est connue pour être l’une des villes industrielles les plus importantes et les plus durables de Suède. Vous n’en avez peut-être pas entendu parler, mais que diriez-vous si je vous disais que c’est là que se trouvent, depuis 2023, le siège social et les « terrains d’essai » de Volvo Construction Equipment (CE) ? Votre magazine spécialisé et une délégation de conducteurs d’engins de chantier belges ont reçu par courrier une invitation à une démonstration des tout derniers engins de chantier de Volvo lors des Volvo Days 2026. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que les engins de chantier électriques y occupaient le devant de la scène.
Bienvenue dans l’univers de Volvo CE
Gravel Charlie
Volvo CE possède une riche histoire dans l’industrie automobile. Avec le lancement de sa première chargeuse sur pneus en 1954 et de son tombereau articulé 'Gravel Charlie' une bonne dizaine d’années plus tard, le constructeur suédois est bien plus qu’un simple pionnier dans le monde des engins de chantier. Volvo a d’ailleurs été l’une des premières marques à afficher aussi clairement sa conviction quant à l’électrification des chantiers. Et cette conviction reste aujourd’hui intacte, comme en témoigne le président Melker Jernberg. "L’électrification avance trop lentement. Nous voulons évoluer plus vite que le marché."
Juste avant le départ, Volvo CE a annoncé dans un communiqué de presse qu’il allait collaborer avec Hitachi Energy. Il s’agit de la signature d’une lettre d’intention dans laquelle les deux partenaires s’engagent à accélérer la transition vers une construction sans émissions. "Nous ne pouvons pas y arriver seuls", a-t-on pu entendre lors de la conférence de presse de Volvo CE.
L’IA et les engins de chantier autonomes seront-ils les prochains sur la liste ?
Volvo CE figure parmi les 10 plus grands fabricants d’engins de chantier au monde et est considéré comme l’un des plus influents et des plus innovants. Avec l’arrivée et l’essor de l’IA et de la technologie des engins autonomes, Volvo se donne pour mission de suivre de près ces tendances du marché et d’y anticiper, mais surtout de continuer à assumer pleinement son rôle de pionnier. Jernberg : "Nous ne faisons pas de battage médiatique autour de notre travail sur l’IA. Nous suivons de près l’intelligence artificielle et, si cette technologie peut contribuer à améliorer l’expérience client, nous en étudions les possibilités. En tout cas, nous restons à l’affût des dernières évolutions."
Une expérience à Eskilstuna
Volvo CE a une nouvelle fois organisé un véritable spectacle. Les Volvo Days jouissent d’un statut quasi légendaire auprès des habitués, et ce n’est pas sans raison : un ballet d’engins de chantier qui prouve que les engins électriques sont tout sauf des cygnes mourants. La gamme de machines électriques a reçu de nombreux éloges, en particulier pour son fonctionnement silencieux, sa puissance et la rapidité avec laquelle même les plus grosses machines peuvent effectuer les mouvements les plus précis.
Et maintenant… les engins
Les Volvo Days 2026 ont clairement montré que le constructeur suédois continue de miser sur des solutions globales. Il ne s’agit pas seulement de construire des engins de chantier performants. Des solutions de chargement compatibles, des outils numériques et des plateformes telles que Site Solutions, des contrats de service, l’analyse de données et d’autres initiatives sont de plus en plus souvent proposés au sein d’un écosystème intégré unique.
Lors des Volvo Days 2026, Volvo Construction Equipment a mis l’accent sur les démonstrations en direct, l’électrification et les solutions de chantier intégrées. Répartis sur dix zones de démonstration thématiques (des zones urbaines à l’exploitation minière), les clients, entrepreneurs et sociétés de location ont pu découvrir un aperçu complet de la dernière génération de machines, de services numériques et d’applications spécialisées. L’accent mis sur les solutions zéro émission, les logiciels de productivité et les configurations spécifiques à chaque secteur a particulièrement retenu l’attention.
, présentée pour la première fois en action devant le public européen: EC560 : nouvelle pelle sur chenilles de la catégorie des 56 tonnes. Grande capacité de godet, axée sur un rendement élevé par cycle.
L260 : chargeuse sur pneus à usage intensif. Contrepoids intégré plus lourd et options de godets de grande capacité.
ECR90 :pelle sur chenilles à rayon de rotation courtde 9 tonnes. Débit hydraulique supérieur à celui de la génération précédente.
ECR355 : Pelle sur chenilles à rayon de rotation court de 35 tonnes. Capacité de levage accrue de 7 % et force de traction accrue de 4 %.
EC65 : Pelle sur chenilles compacte de 7 tonnes. Puissance moteur accrue de 4 %, force de levage à la flèche augmentée de 9 %.
EW65 : pelle compacte mobile de 7 tonnes. Capacité accrue du circuit hydraulique auxiliaire.
ECR255 : Pelle sur chenilles à rayon de rotation court de 25 tonnes avec un rayon de rotation plus compact.
A30 Electric :tombereau articulé électrique d'une capacité de charge de 29 tonnes.
A40 Electric : tombereau articulé électrique d'une capacité de charge utile de 39 tonnes.
Quels sont les souvenirs des visiteurs ?
Nous avons interrogé quelques entrepreneurs sur leur expérience lors des Volvo Days 2026 et sur les innovations qui les ont le plus marqués lors de leur visite.
"L’autonomie reste un enjeu, mais la machine électrique fait forte impression", Hugues Antoine, Carrière des Limites
Comparaison avec la génération précédente de pelles hydrauliques
Hugues Antoine est 'chef de carrière' à la Carrière des Limites, à Rochefort. Il y est également responsable du parc de machines et de l’entretien du matériel de chantier. "Je ne prends pas les décisions finales en matière d’achat de nouveau matériel, mais on tient compte de mon avis", explique M. Antoine. Il n’a pas précisé si une décision concernant un éventuel achat serait prise après sa visite aux Volvo Days, mais il s’est montré très satisfait de la pelleteuse EC500. "Dans notre carrière, nous travaillons nous-mêmes avec des machines de ce calibre. Je voulais surtout voir comment cette machine se compare aux anciens modèles", explique-t-il. "La différence avec la génération précédente réside dans les possibilités de réglage. Par rapport à l’ancien modèle, on peut désormais donner davantage la priorité au mouvement de la flèche ou à celui du pivot."
L’électrique reste pour l’instant principalement réservé aux petites machines
En ce qui concerne les engins de chantier électriques, Antoine reste pragmatique. "Nous nous efforçons également – à l’instar de nombreuses entreprises de notre secteur – de réduire nosémissions de CO₂. Nous nous concentrons bien sûr sur les applications qui pourraient aujourd’hui apporter une solution au sein de la carrière. Mais j’ai l’impression qu’à l’heure actuelle, ce sont surtout les plus petites machines qui sont proposées en version électrique."
Nous continuons à suivre cela de près
L’une des machines qui l’a particulièrement impressionné est la chargeuse sur pneus électrique L120. "Par rapport à une chargeuse sur pneus classique, cette machine de chantier électrique nécessite une commande différente. Il faut un peu de temps pour s’y habituer, mais une fois que l’on maîtrise les commandes, ce sont surtout le silence, la puissance et les performances qui sautent aux yeux."
Pourtant, ici aussi, la question principale reste celle de l’autonomie. "Sur terrain plat, aucun problème. Mais la question est de savoir comment une telle machine réagit lorsqu’il faut transporter des matériaux sur de longues distances avec des dénivelés. Nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que de telles machines électriques sont capables de tenir une journée de travail complète. C’est en tout cas un aspect que nous continuons à suivre de près", conclut Antoine.
"Rapprocher les fonctions des machines, les capteurs et les logiciels", Laurens D'Oosterlinck, Devagro
La cabine offre une bien meilleure visibilité
Laurens D'Oosterlinck est responsable des machines et des installations chez Devagro. Ce qui l’a le plus marqué, ce sont certaines nouveautés sur les pelles hydrauliques de Volvo CE. Ce qu’il retient, c’est que le pilotage 3D s’intègre de plus en plus dans les environnements Dig Assist et Co-Pilot. Selon le modèle et la configuration, il est possible de choisir en usine, sur les pelles, l’option Dig Assist avec fonctionnalités 2D et 3D et un système de pesage intégré. De plus, des systèmes tels que Topcon 3D-MC et Unicontrol3D peuvent être utilisés via Volvo Co-Pilot, sans qu’il soit nécessaire d’installer un écran supplémentaire dans la cabine. D'Oosterlinck : "Tout est regroupé. Plus besoin d’installer un écran séparé dans la cabine. Tout est parfaitement intégré, ce qui rend l’ensemble beaucoup plus clair pour le conducteur d’engins de chantier. C’est vraiment un pas en avant."
Selon M. D'Oosterlinck, la véritable valeur ajoutée de la collaboration entre les fonctions de la machine, les capteurs et les logiciels réside dans le fait que le passage à un pilotage entièrement par GPS devient de plus en plus abordable.
Réglage de la machine pour différents scénarios
"Smarter Solutions, Driven by you" n’est pas un slogan vide de sens. Lors des Volvo Days, les entrepreneurs ont pu prendre place dans chaque cabine de chaque machine et les tester de manière approfondie. "J’ai demandé à ce qu’une des pelles réagisse “différemment” lors de certaines manœuvres. Une fois les réglages modifiés, la pelle a réagi de manière nettement différente. C’est incroyable de voir tout ce que le logiciel rend possible dans ce genre de machines", ajoute-t-il.
Encore un peu de patience
L’électrification a été le fil conducteur de cette édition également. D'Oosterlinck met un peu le frein à tout cela. Devagro est convaincu que les engins électriques sont l’avenir. C’est pourquoi l’entreprise a déjà investi dans deux engins de chantier électriques et un cribleur-concasseur. Elle examine toutefois d’un œil critique les classes de poids adaptées, la durée d’utilisation et l’infrastructure de recharge.
"Il y a encore beaucoup de potentiel, mais pour les tombereaux articulés électriques, par exemple, l’autonomie de la batterie est un facteur important pour la praticabilité sur le chantier. Si la prochaine génération de batteries peut garantir une autonomie de 8 à 10 heures sans recharge intermédiaire, nous serons prêts", déclare-t-il.
"L’électrification : une piste concrète pour les engins plus lourds", Bertrand Dubois, Calcaires de la Sambre S.A.
Le tombereau articulé A40 fait forte impression
Bertrand Dubois, directeur chez Calcaires de la Sambre S.A., à Landelies dans le Hainaut, a jeté son dévolu sur le tombereau articulé électrique A40. "Ce n’est pas seulement une machine qui attire l’attention, c’est selon moi le premier modèle qui soit vraiment adapté aux applications dans les carrières. Pour nous, cela signifie que l’électrification de nos activités n’est plus une perspective d’avenir."
L’électrification ne se résume pas à une question de puissance
Une consommation réduite, un confort accru et une automatisation plus poussée : ce ne sont là que quelques-unes des améliorations mises en avant par M. Dubois. "Dans la pratique, ce ne sont pas des gadgets superflus, mais des avancées qui peuvent contribuer à la productivité, au confort des conducteurs et à l’efficacité sur le chantier."
Concernant la gamme électrique, Dubois salue la réduction des vibrations, le niveau sonore plus faible et l’autonomie accrue.
Il émet toutefois une réserve : "Le niveau sonore n’est pas aussi bas que je l’avais espéré." La disponibilité immédiate de la puissance dès le démarrage constitue en revanche un atout majeur. Selon M. Dubois, la génération actuelle de machines électriques montre que leur conception s’inspire encore fortement de leurs homologues diesel. "C’est logique à ce stade. Mais la demande pour une conception adaptée ne cesse de croître. Un avant plus court pourrait améliorer la visibilité vers l’avant. Placer les batteries dans le pare-chocs semble logique, mais cela a des conséquences sur l’angle d’approche. Ce sont des choix de conception comme ceux-ci qui détermineront l’aspect des machines à l’avenir."